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Le sabr (patience) face aux épreuves : de quoi s’agit-il exactement ?


Perles du Coran

Dans la terminologie musulmane, le sabr désigne l’aptitude à dominer ses émotions pour rester attaché, avec détermination, à la conduite voulue par l’enseignement révélé, et ce, malgré les contraintes et les pressions opposées que peuvent exercer sur soi les pulsions, les désirs, les besoins, les habitudes ou l’environnement/l’entourage.

Bien évidemment, cette maîtrise de soi, pour qu’elle soit bénéfique spirituellement, c’est-à-dire que pour qu’elle constitue un moyen de se rapprocher d’Allah et soit ainsi une source de récompenses, se doit d’être motivée par la volonté de plaire à Allah et d’obtenir Son agrément d’Allah. Cette exigence est rappelée dans un passage du Qour’aane où Allah, faisant les éloges des personnes sensées, dit à leur sujet :

أَفَمَنْ يَعْلَمُ أَنَّمَا أُنْزِلَ إِلَيْكَ مِنْ رَبِّكَ الْحَقُّ كَمَنْ هُوَ أَعْمَى إِنَّمَا يَتَذَكَّرُ أُولُو الْأَلْبَابِ (19) الَّذِينَ يُوفُونَ بِعَهْدِ اللَّهِ وَلَا يَنْقُضُونَ الْمِيثَاقَ (20) وَالَّذِينَ يَصِلُونَ مَا أَمَرَ اللَّهُ بِهِ أَنْ يُوصَلَ وَيَخْشَوْنَ رَبَّهُمْ وَيَخَافُونَ سُوءَ الْحِسَابِ (21) وَالَّذِينَ صَبَرُوا ابْتِغَاءَ وَجْهِ رَبِّهِمْ وَأَقَامُوا الصَّلَاةَ وَأَنْفَقُوا مِمَّا رَزَقْنَاهُمْ سِرًّا وَعَلَانِيَةً وَيَدْرَءُونَ بِالْحَسَنَةِ السَّيِّئَةَ أُولَئِكَ لَهُمْ عُقْبَى الدَّارِ

(…) Mais seuls réfléchissent bien ceux qui sont doués d’intelligence : ceux qui remplissent leur engagement envers Allah et ne violent pas le pacte, qui unissent ce qu’Allah a commandé d’unir, qui redoutent leur Seigneur et craignent une malheureuse reddition de compte, et qui font preuve de sabr dans la recherche de l’agrément d’Allah, accomplissent la salât et dépensent (dans le bien), en secret et en public, de ce que Nous leur avons attribué, et repoussent le mal par le bien. A ceux-là, la bonne demeure finale (13 : 19-22)

En pratique, par rapport à son objet, le sabr peut être au moins de trois types (et consiste donc principalement en trois attitudes), parmi lesquels il y a le  sabr ‘alâ ‘al mousîbah.

Cette forme de sabr consiste à faire preuve de patience et de résignation face aux difficultés et aux désagréments de la vie et à endurer avec courage les épreuves auxquels on est confronté en s’abstenant de critiquer, de manifester du mécontentement, de l’irritation et de l’exaspération face au décret divin et/ou de se plaindre de ce qui nous arrive à autre qu’Allah. Un de nos pieux prédécesseurs avait exprimé en ces termes l’impertinence de celui qui se plaint de la décision divine à autre que Lui :

يا هذا والله ما زدت على أن شكوت من يرحمك إلى من لا يرحمك

« Ô untel ! Par Allah ! (En te lamentant de la sorte à une créature,) tu ne fais rien de plus que te plaindre de Celui qui est Miséricordieux envers toi à celui qui n’a pas de pitié ni de clémence pour toi (du moins pas comme Allah). »

 

Cette dimension du sabr, qui est la plus connue, est évoquée dans un passage du Qour’aane qui énumère toute une série de comportement qui relève du « birr » (le bien au sens large) :

وَالصَّابِرِينَ فِي الْبَأْسَاءِ وَالضَّرَّاءِ وَحِينَ الْبَأْسِ

« (le bien se trouve aussi chez) ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage » (2 :177)

Sont évoquées ici trois grandes causes de souffrances dans ce monde : le manque de moyens matériels et l’affection physique au niveau individuel, et les guerres et les conflits au niveau collectif et étatique.

Il est important de comprendre que ce type de sabr ne consiste pas à éliminer complètement les émotions humaines : il s’agit plutôt, comme évoqué, de ne pas se laisser dominer par celles-ci et de rester, en toutes circonstances, dans le cadre de ce qui a été autorisé par l’enseignement révélé. Ainsi :

  • être affecté par l’épreuve et manifester sa tristesse ou sa douleur par des pleurs ou l’exprimer verbalement ne traduit pas un manquement au niveau du sabr. Le Prophète Mouhammad (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) avait rappelé cela à l’occasion de la mort de son fils Ibrahim, quand Abdoul Rahmân ibn ‘Awf (radhia Allâhou ‘anhou) avait exprimé son étonnement en le voyant pleurer :

 

يا ابن عوف إنها رحمة

إن العين تدمع والقلب يحزن ولا نقول إلا ما يرضي ربنا وإنا لفراقك يا إبراهيم لمحزونون

 « Ô fils de ‘Awf ! Ceci (ces larmes que tu me vois verser) constitue une (expression de) miséricorde. (…) Certes, l’œil pleure et le cœur est attristé. Mais nous ne disons que ce qui plaît à Notre Seigneur. Ô Ibrahim ! Nous sommes tristes de la séparation avec toi. »

  • il n’y a pas de mal à se plaindre de sa condition difficile à Allah pour Lui exprimer sa faiblesse et implorer Son aide. Quand Yaqoûb (alayhis salâm) fut éprouvé par la perte de son autre fils, il (alayhis salâm) rappela sa volonté de faire preuve d’un beau sabr mais ajouta également :

إِنَّمَا أَشْكُو بَثِّي وَحُزْنِي إِلَى اللّهِ

Il dit : « Je confie ma tristesse et ma douleur à Allah (…) » (12 :86)

On trouve une réaction similaire chez un autre Prophète très connu pour sa patience extraordinaire : Ayyoub (alayhis salâm). Allah rappelle dans le Qour’aane les termes de l’invocation qu’il (alayhis salâm) Lui adressa pour implorer Son aide :

وَأَيُّوبَ إِذْ نَادَى رَبَّهُ أَنِّي مَسَّنِيَ الضُّرُّ وَأَنْتَ أَرْحَمُ الرَّاحِمِينَ

Et Ayyoub (Job), quand il implora son Seigneur : « Le mal m’a touché. Mais Toi, tu es le plus miséricordieux des miséricordieux. »

  • et le fait de simplement informer autrui de sa douleur et de sa souffrance sans pour autant avoir l’intention d’exprimer de l’irritation par rapport à ce qui nous affecte et qui découle de la décision d’Allah, est autorisé. C’est le cas par exemple lorsqu’on désire obtenir des informations appropriées ou des invocations de la part de quelqu’un. En témoigne l’attitude de Sa’d ibn abi Waqqâs (radhia Allâhou ‘anhou) quand le Prophète Mouhammad (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) vient lui rendre visite alors qu’il est très malade :

يا رسُول اللَّهِ إِنِّي قَدْ بلغَ بِي مِن الْوجعِ مَا تَرى

« Ô Messager d’Allah ! Ma souffrance a atteint le degré que tu vois (…) »

 

Wa Allâhou A’lam !

[Extrait d’un cours de Tafsîr – Exégèse du coran]

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